Conférence “le réemploi dans les arts plastiques d’un principe de nécessité à une posture”

Le réemploi dans l’histoire

Le réemploi accompagne le développement des sociétés humaines depuis des temps immémoriaux. La généralisation de cette pratique dans l’histoire ont conduit les archéologues à en faire un sujet d’étude à part entière.

Dans des époques anciennes on constate en effet une tendance à moins jeter que dans nos sociétés contemporaines. Mais des différences apparaissent selon le niveau de richesse des population avec un constat simple : Généralement, plus on est riche plus l’on jette.

Cette tendance à la sobriété des nos ancêtres s’explique par la complexité de l’accès aux ressources. Le réseau de transports n’est pas autant développé et on ne dispose pas des mêmes capacités de transformations ou de productions ce qui augmente considérablement le coût des objets du quotidien.

Mais delà du principe de nécessité ou même de bon sens qui amène les êtres humains à réutiliser une chose plutôt qu’à la jeter et bien on remarque que le réemploi intègre aussi des considérations, autres :  esthétiques, symboliques et bien évidemment politique.

La fonction prosélyte du réemploi

Le réemploi de matériaux issus d’anciens site religieux pour la pratique de nouveaux cultes est une pratique courante. En Bretagne on a par exemple des Menhirs datant du Néolithique qui ont été surmontées des croix chrétiennes. Cette appropriation s’inscrit dans une démarche prosélyte c’est à dire une volonté d’asseoir une religion en effaçant progressivement les cultes qui l’ont précédés. (voir symboles gravés dans les églises du Calvados)

chevet de l’église de Saint-Aventin en (Haute-Garonne) (Image)

Un exemple parmi tant d’autres. Dans l’église Saint-Aventin en Haute-Garonne on a identifié  des pierres de réemploi au niveau du chevet.

Enchâssés dans le mur  au-dessus et au-dessous d’une stèle funéraire destinée à un couple on distingue deux autels dédiée à  Abellio.

Cette présence d’éléments associés  à une divinité païenne d’origine pyrénéenne à l’intérieur même d’un édifice chrétien peut sembler étonnante mais il faut voir cela comme une tentative de désamorçage des cultes païens par un processus d’absorptions.

La fonction politique du réemploi

L’église d’Outremécourt

Cette église fut édifiée à partir de 1698.  Sa particularité réside dans le fait d’être en quasi-totalité composée de matériaux provenant des ruines d’un château appartenant au duc de Lorraine. Le château en question était tombé après un siège de plusieurs mois mené par l’armée française.

Le fait est que les personnes ayant financés les travaux de construction de l’église était des farouche défenseur du duc de Lorraine. Le choix de réemployer les pierres du château s’inscrit dans une démarche patriotique. L’église nouvelle étant perçu comme en quelque sorte une monument commémoratif de cette terrible page d’histoire de la Lorraine.

C’est un très bon exemple d’une volonté de donner au réemploi une portée symbolique et idéologique. L’objectif est d’établir une filiation spécifique avec le passé.  l’objet se lit alors comme relique, un fragment survécu d’un monde disparu.

Au-delà du principe de sobriété : La fonction symbolique du réemploi

(Image) Ce réemploi des céramiques perdure ensuite dans l’histoire et dans d’autres espaces géographiques avec la pratique que certains d’entre vous connaissent peut-être c’est celle du Kintsugi. Qui est une méthode japonaise de réparation des céramiques à partir de laque et de poudre d’or.

Cette technique très onéreuse s’inscrit dans une philosophie de la résilience, une mise en avant des blessures de l’objet comme une métaphore de la vie et de ses épreuves.